Avec Le Procès du Sel, la Camargue se met en scène pour penser son futur
C’est au Musée de la Camargue, au cœur du Mas du Pont de Rousty, que s’est tenu, le 5 juin dernier, le séminaire de lancement du projet Le Procès du Sel, lauréat du programme Érable. Ce projet de fiction participative marque le début d’une démarche originale mêlant recherche, art, écologie et dialogue territorial. Dans un territoire soumis à de fortes pressions environnementales, il s’agit de repenser les manières de dialoguer entre acteurs socio-professionnels, scientifiques, culturels et institutionnels.
Le point de départ d’un récit commun
Inscrit dans le cadre de la révision de la charte du Parc naturel régional de Camargue, qui s’achèvera en février 2026, le projet du Procès du Sel s’est ouvert par un séminaire réunissant l’ensemble des acteurs impliqués dans sa mise en œuvre.
Au sein du Parc naturel régional de Camargue, Anne Claudius-Petit, présidente du PNR, était présente, accompagnée d’Estelle Rouquette, conservatrice du musée et directrice adjointe du Parc, ainsi que Christophe Frontfreyde, directeur général des services et de Magali Gorce, cheffe du service eau, biodiversité et ruralité.
L’équipe de recherche s’est retrouvée au complet avec l’écologue et géographe Raphaël Mathevet (CNRS-CEFE), la politiste Laura Michel (Université de Montpellier), le sociologue Aurélien Allouche,le philosophe-auteur Pascal Ferren ; et l’agence artistique Bipolar, représenté par son directeur Mathieu Argaud et Marjolaine Combes.
Robert Crauste, président du Syndicat mixte de la Camargue gardoise et maire de la commune du Grau-du-Roi, et Nicolas Bonton, chef du service Développement Territorial, Eau et Biodiversité du Syndicat mixte de la Camargue gardoise, également représentant du réseau des Grands sites de France ont également apporté leur soutien et pris part aux échanges.
Le sel, miroir d’un territoire en mutation
Le sel a été choisi comme point d’ancrage du projet car il incarne de nombreuses facettes de la Camargue : paysagère, écologique, industrielle, agricole et touristique. Présent dans les pratiques, les paysages et les imaginaires, il relie des mondes qui co-existent sans toujours se croiser. Ce fil conducteur permet d’ouvrir un dialogue entre les acteurs du territoire, tout en abordant de manière tangible des enjeux complexes : raréfaction de l’eau douce, salinisation des sols, transformation des paysages, et plus largement le réchauffement climatique.
Dans un contexte où les équilibres écologiques se fragilisent et où les effets restent parfois peu perceptibles au quotidien, le sel devient un outil de narration. Il aide à retisser du lien, à rendre visibles ces mutations sans les dramatiser, et à engager une parole partagée autour d’un territoire en mutation.
Une fiction territoriale prétexte au dialogue
A travers une fiction territoriale, le projet envisage donc le sel comme un motif environnemental accusé dans un procès fictif, invitant l'ensemble des vivants, humains et non-humains, camarguais à témoigner.
Il constitue un prétexte pour explorer avec toutes celles et ceux qui composent ce territoire, si fort de son histoire et de sa culture et si vulnérable à la fois, les possibilités d'adaptation et de transformation des activités humaines en Camargue face à la salinisation des milieux et aux impacts du changement climatique.
La représentation du procès fictif se tiendra le 21 novembre 2025, au relai culturel des Saintes-Maries-de-la-Mer. Conçue comme une performance publique et participative, elle se déroulera en plusieurs temps : énonciation d’un conflit, prise de paroles d’humains et non-humains, puis construction collective de pistes de réponses.
Cette fiction performative ne cherche ni à juger ni à remplacer la concertation. Elle vise plutôt à créer un espace de dialogue, où chacun peut s’exprimer autour d’enjeux invisibilisés et complexes. Le cadre du procès, à la fois institutionnel et symbolique, a été choisi pour sa puissance d’évocation : il capte l’attention tout en ouvrant à l’interprétation. Revisité par l’équipe artistique (Pascal Ferren et l’agence Bipolar), le procès mêlera différents registres : juridiques, sensibles ou encore poétiques.
Et si la nature pouvait témoigner ?
Cette démarche interroge aussi la possibilité d’un “service public d’interprétation de la nature” : une instance imaginaire, chargée de porter la voix du vivant non-humain dans les processus décisionnels. Une fiction inspirante, qui soulève des questions essentielles : comment faire parler la nature ? Qui peut l’interpréter ? Et au nom de quoi ?
Deux ans pour poser les bases d’un avenir d’équilibres, pour une Camargue préservée
En attendant la tenue du Procès, l’enquête a débuté, les 12 et 13 juin derniers, avec les cafés du sel dans différents bars de Camargue (Arles et Salin-de-Giraud), lieux de rencontre stratégiques avec les habitants. En juillet, l’instruction du procès s’ouvrira avec les comités consultatifs du Parc naturel régional de Camargue, afin de poser les bases du scénario à venir.
Le projet se prolongera par une captation audiovisuelle du procès, une restitution publique, puis la réalisation d’un documentaire, prévu pour 2026. Ce dernier permettra de partager les enseignements de l’expérience et de dessiner une autre image de la Camargue : celle d’un territoire en transition, capable de se raconter, de dialoguer et de se projeter collectivement dans l’avenir.

