Lancement de Guyarécit : la Guyane raconte son lien au vivant

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Cayenne, Guyane
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Le 27 novembre, l’Université de Guyane a accueilli le lancement officiel de Guyarécit, projet lauréat du programme Érable porté par le laboratoire MINEA (Migration, Interculturalité et Éducation en Amazonie). Cette rencontre scientifique, sensible et artistique marque le début d’un vaste travail collectif autour des récits du vivant en Guyane.

Guyarécit : un projet pour écouter, comprendre et transformer les récits du vivant

Le projet Guyarécit vise à rendre compte des discours sur la biodiversité issus des multiples communautés de Guyane. Il s’adresse aussi bien aux Anciens qu’aux jeunes générations, afin d’observer comment leurs représentations du vivant peuvent entrer en tension – voire en contradiction – avec les discours scientifiques mobilisés dans les politiques d’écoresponsabilité.

En réponse aux attentes des acteurs du territoire, Guyarécit cherche à faire émerger de nouveaux récits susceptibles d’harmoniser les visions et d’enrichir la manière dont la biodiversité est pensée et transmise. Le projet s’appuie sur la valorisation de ces récits, notamment à travers :

- la création de pièces sonores,

- la réalisation d’un glossaire,

- la collecte et la restitution d’expériences, de savoirs et d’imaginaires liés au vivant.

L’ambition est de contribuer à une transformation des représentations et des actions, aussi bien chez les décideurs publics que dans l’ensemble de la population guyanaise.

Une ouverture sensible : partir des plantes et des savoirs

La journée de lancement a débuté par une balade ethnobotanique conduite par Marc-Alexandre Tareau (Association Mélisse). Les participants ont découvert la richesse des plantes présentes sur le campus et les savoirs traditionnels associés :

- Sensitive (Mimosa pudica), plante dont la fermeture symbolise l’apaisement des chagrins d’amour ;

- Courbaril, utilisé dans les bains post-accouchement ;

- Verveine queue de rat, infusion apaisante ou bain fortifiant pour les jeunes enfants ;

- Roucou, colorant, condiment et remède traditionnel utilisé comme « contre-poison ».

Cette immersion illustre la place centrale accordée par Guyarécit aux savoirs sensibles, vernaculaires et transmis entre générations.

Les institutions mobilisées autour des récits du vivant

Le lancement a été introduit par les interventions du Président de l’Université de Guyane, de la Collectivité Territoriale de Guyane, du laboratoire MINEA et du Rectorat de Guyane, rappelant l’importance de construire une vision partagée du vivant. Pour Laurent Linguet, président de l’Université, « la biodiversité amazonienne est un espace de récits d’expérience et de représentations », tandis que le recteur Guillaume Gellé a questionné la manière de « construire une relation partagée avec tant de visions entremêlées ».

Comprendre les rites et les trajectoires pour refonder notre relation au vivant : présentation de Grandir avec le vivant

Sébastien Chapellon a présenté l’ouvrage Grandir avec le vivant (dir. S. Chapellon et J. Lachance, IN PRESS, 2025), appui théorique au projet Guyarécit. Face à la dégradation de la biodiversité et au dérèglement climatique, les jeunes grandissent dans un monde devenu incertain. L’ouvrage s’interroge sur la manière de renouer avec le vivant en étudiant des sociétés où la nature occupe encore une place centrale, notamment en Amazonie, en Afrique centrale ou dans le Pacifique, et où plantes et animaux jouent un rôle clé dans les rites de passage et l’apprentissage de l’environnement.

Les actions du GRAINE Guyane : ateliers, récits et créations artistiques

Partenaire central du projet, le GRAINE Guyane anime des ateliers de collecte de récits et accompagne l’émergence de nouveaux imaginaires liés au vivant. Ces travaux donneront lieu à :

- un spectacle vivant conçu avec la compagnie IDAHUN,

- un recueil illustré avec l’artiste Olivier Copin,

- des décors réalisés par les élèves du lycée professionnel de Balata (Matoury).

Les ateliers impliquent déjà des publics variés, notamment l’EHPAD de l’association Ebène et bientôt des participants rencontrés lors du festival Alternayana (28-29/11/2025). Ils interrogent : comment les habitants imaginent-ils la biodiversité de demain ? Les récits ainsi recueillis sont mis en regard avec les pratiques des éducateurs à l’environnement.

Futurado : cartographier les liens entre jeunes et vivant

Dans le cadre de Guyarécit, l’association Futurado, représentée par Mara Sierra-Jimenez, mène des cartographies sensibles dans plusieurs lycées et collèges (Papaïchton, Maripasoula). Cette méthodologie permet aux jeunes de représenter leurs expériences, sensations et souvenirs liés au vivant. Ces cartes servent ensuite de support à des entretiens individuels pour recueillir des récits nuancés du rapport à la forêt, aux non-humains et aux milieux de vie.

« Milieux », œuvre fondatrice du projet

Le lancement a été également l’occasion de présenter Milieux, projet fondateur de Guyarécit, porté par Marc-Alexandre Tareau (ethnobotaniste) et Thomas Tilly (artiste sonore). Associant enquête anthropologique et création audio, Milieux explore les relations entre peuples de Guyane et environnement : usages des plantes, cosmogonies, êtres invisibles. Des extraits sonores ont été diffusés, complétés par un travail photographique mené avec Karl Joseph dans le cadre des Rencontres Photographiques de Guyane.

Dans la continuité de ce travail, le programme Erable soutiendra la création d’une nouvelle pièce sonore issue d’entretiens menés avec des Anciens des communautés bushinengué et wayampi, en lien avec le Conseil coutumier.

Une semaine riche en culture et en rencontres

Autour du lancement de Guyarécit, la semaine a été ponctuée de divers événements culturels :

- Vernissages de la Biennale des Rencontres Photographiques de Guyane à Fort Diamant, Loyola et au Rorota ;

- Exposition Reprendre Racines à Cayenne ;

- Festival Alternayana, où un atelier « Quel animal demain ? » a été coanimé par le GRAINE Guyane et la collectivité territoriale de Guyane.