Lancement de Médecine de territoire : quand la santé se pense à l'échelle des paysages

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Prat-de-Bouc, Cantal
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Vue du Puy Mary
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Le mercredi 12 novembre 2025, la Maison du Col de Prat de Bouc (Cantal) a accueilli le lancement du projet Médecine de territoire, lauréat du programme Erable. Plus de quarante personnes, représentants de l’ARS, du PNR des Volcans d’Auvergne, de l’OFB, du CEN Auvergne, de la LPO, élus, professionnels de santé humaine et animale, agriculteurs, associations et institutions locales, ont répondu présentes.

🌾  Une ouverture ancrée dans le territoire avec le témoignage de la commune de Brezons

La rencontre a débuté par un mot d’accueil de Camille Besombes, médecin épidémiologiste et membre du collectif porteur de projet, suivi de la lecture du message du Préfet du Cantal par Rémi Beau, philosophe et également membre de l’équipe.

Olivia Gueroult, maire de Brezons (177 habitants), a ensuite partagé l’expérience de sa commune à la forte tradition pastorale, marquée par la déprise agricole et une perte de biodiversité. Elle a souligné l’intérêt du projet Médecine de territoire, qui aborde la santé à travers une approche systémique reliant activités, paysages, milieux et habitants, tout en s’appuyant sur la richesse des savoirs locaux et « l’expertise profane ». 

Elle a relevé l’importance d’associer la population et les élus à la démarche, en rappelant la venue de Camille Besombes en conseil municipal pour présenter le projet.

👥 Présentation du collectif Médecine de territoire

Le projet réunit une équipe transdisciplinaire composée de chercheurs, d’artistes et d’acteurs locaux.

Du côté de la recherche, on retrouve Rémi Beau (philosophe), Camille Besombes (médecin épidémiologiste), Maël Giard (doctorante, spécialiste des bio-régions), Charles Lemarchand (toxicologie, faune sauvage, Muséum Henri-Lecoq), Serge Morand (écologue CNRS) et Serge Muller (paléobotaniste). 

Le territoire et ses enjeux sont représentés par le PNR des Volcans d’Auvergne (Marie-Noëlle Basmaison - médiation culturelle ; Élisa Grousseau - écologie ; Élodie Mardiné - agro-environnement et eau) et le vétérinaire Pierre Rigaud. 

Côté artistique, la compagnie L’Instant propice (Joséphine Serre, Zachari Laurent, Xavier Czapla…) est chargée de la mise en récit du projet à travers la création d’un spectacle. Marie-Hélène Lafon, écrivaine « ruraliste », créera quant à elle un abécédaire littéraire du paysage et de la biodiversité.

🏞️ Un projet inscrit dans le renouvellement de la charte du PNR

Élodie Mardiné (PNR des Volcans d’Auvergne) a présenté le processus de renouvellement de la charte du Parc, au sein de laquelle les services de l’État recommandent désormais d’intégrer l’approche « One Health ». Le projet Médecine de territoire s’inscrit pleinement dans ce cadre et contribue à opérationnaliser cette approche.

Un interlude artistique a suivi, avec la lecture d’un texte de Jean Giono par la compagnie L’Instant propice.

🩺 Présentation de l’approche One Health

L’ARS a rappelé l’officialisation en 2022 d’un plan national « One Health », décliné à l’échelle régionale dans le PRSE 2024-2028, qui détaille des actions en matière de qualité de l’eau et de l’air, de zoonoses, d’urbanisme favorable à la santé et d’espèces animales et végétales favorables à l’homme. Pour atteindre les objectifs de réduction des inégalités de santé et du déclin de la biodiversité, ainsi que d’adaptation au changement climatique, les leviers mobilisés sont l’éducation sensible, l’outillage des collectivités et leur accompagnement par un binôme « santé/environnement ».

🔬 Présentation du projet Médecine de territoire

À quatre voix, Camille Besombes, Rémi Beau, Maële Giard et Joséphine Serre ont détaillé les ambitions du projet qui se déroulera au sein de trois milieux (forêt, prairie, zones humides), en lien avec des partenaires territoriaux clés : PNR des Volcans d’Auvergne, Communauté de communes de Saint-Flour, communes de Brezons et Valuéjols, ARS, observatoire régional de santé de l’ANSES, OFB, ONF, médecins et vétérinaires, fédération de chasse du 15, réseau SAGIR, pôle EVAAS. 

Les objectifs du projet : 

- Étudier et prévenir les maladies émergentes à l’interface humains–animaux–écosystèmes : Lyme, encéphalites, échinococcose, anthrax, grippes…

- Construire un réseau territorial « Une seule santé », associant institutions, professionnels et habitants.

- Intégrer la participation habitante dans la gouvernance territoriale de la santé.

- Améliorer la surveillance des zoonoses et développer une vision systémique et territorialisée des maladies passées, présentes et futures : quelles maladies ont habité le territoire dans le passé ? Quel état des lieux actuel ? Dans le futur, avec les changements globaux, quels risques à venir ?

Les actions mises-en-œuvre pour y parvenir :

- Un diagnostic éco-épidémiologique du territoire

- Une enquête ethno-historique

- La collecte de données biologiques et environnementales

- Une étude bibliographique et archivistique (cartes, lettres, topographies médicales, contes et légendes locales…)

- La création de cartographies et frises collectives avec les habitants (sur les pratiques agricoles, l’aménagement du territoire…)

- La mise en récit : création théâtrale, abécédaire des mots du paysage, récit paysager…

La méthode employée : 

- Organisation de quatre résidences de terrain de 3 jours : balades sensibles, lectures paysagères, arpentages, enquêtes, lectures de paysage

- Usage des sciences participatives (dispositif « CITIQUE ») en s’appuyant sur les réseaux partenaires (CPIE, LPO, CEN…)

- Enquête qualitative auprès des habitants pour questionner leur mémoire des maladies passées et leur inquiétude vis-à-vis de maladies futures, leur regard sur l’évolution du paysage.

- Entretiens de groupes d’agriculteurs, de vétérinaires…

Camille Besombes a rappelé que sur ces sujets de recherche sur le temps long, « construire du collectif, c’est déjà commencer à produire des résultats ». Les résidences seront ainsi ouvertes largement et l’ambition est de faire émerger un dispositif territorial durable « Une seule santé ».

🧩 Ateliers participatifs : de premières données collectées

L’après-midi s’est poursuivie avec quatre ateliers collectifs pour défricher différents sujets et commencer à récolter des données auprès de partenaires :

- Quelle épidémie passée vous a le plus marqué ?

- Quel pourrait être le prochain risque ou vecteur épidémique ou épizootique ?

- Qu’est-ce qui menace la santé des paysages ?

- Qu’est-ce qu’un paysage en bonne santé pour vous ?

Ces premiers retours alimenteront les recherches futures et les outils de vigilance territoriale.

🎭 Une journée ponctuée d’interludes artistiques

Tout au long de la journée, la compagnie L’Instant propice a proposé des interludes artistiques à travers la lecture de textes de Jean Giono, issus de la Topographie médicale de la Haute Auvergne, ou écrits par Joséphine Serre… rappelant que la santé des territoires s’ancre autant dans les milieux que dans les récits.

Médecine de territoire ouvre une démarche inédite : croiser sciences, arts, savoirs locaux et politiques publiques pour mieux comprendre et anticiper les liens entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes dans les monts du Cantal.