À l’écoute de Saint-Pierre-et-Miquelon : lancement immersif du projet Phone Sauvage

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Micro-Folie de Saint-Pierre, Saint-Pierre-et-Miquelon
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Pointe de Miquelon
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Le 16 septembre dernier, la Micro-Folie de Saint-Pierre a accueilli la soirée de lancement de Phone Sauvage, projet lauréat du programme Érable, porté par une équipe mêlant chercheurs, artistes et spécialistes du son. L’événement a rassemblé plus d'une quarantaine de participants, dont la Direction des Territoires de l’Alimentation et de la Mer, la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon, l’Office français de la biodiversité et plusieurs acteurs, élus et habitants du territoire.

🌊 Reconnecter Saint-Pierre-et-Miquelon à son patrimoine maritime

Longtemps tournée vers la mer à travers la pêche à la morue, la population de Saint-Pierre-et-Miquelon s’en est progressivement éloignée après l’effondrement des stocks dû à la surpêche. Pourtant, l’archipel reste un « hotspot » écologique méconnu, au croisement de courants marins uniques et d’une biodiversité remarquable.
Phone Sauvage ambitionne ainsi de raviver le lien des habitants avec l’océan, en utilisant le son comme outil scientifique, artistique et sensible.

🔬 Le regard scientifique : un milieu marin encore peu connu

Après un mot d’ouverture de Tatiana Vigneau Urtizbéréa, adjointe à la culture de Saint-Pierre, en présence du maire Yannick Cambrais, l'écologue benthique Laurent Chauvaud est revenu sur les travaux menés depuis plusieurs années dans l’archipel, point de départ du projet Phone Sauvage

L’environnement marin atypique de l’archipel a été décrit, situé au croisement de courants froids et puissants qui façonnent un habitat sonore singulier. Les morues, par exemple, n’émettent pas les mêmes sons à SPM qu’en Islande. Le bruit des bateaux y modifie le comportement des homards, tandis qu’il attire les moules. Malgré ces premières recherches, le milieu marin de SPM demeure encore largement méconnu en raison notamment de ses caractéristiques océanographiques particulières.

Avec le plongeur scientifique et photographe Erwan Amice, Laurent Chauvaud déploie ainsi des capteurs sonores sous-marins pour suivre l’évolution acoustique et écologique des fonds marins.

🎭 L’approche artistique : créer une immersion totale

L’artiste Alexandra Hernandez a ensuite présenté la dimension créative du projet. Après son spectacle « Inouï », qui croisait art et sciences pour révéler l’impact de l’activité humaine sur les espèces marines, Phone Sauvage pousse encore plus loin la démarche sensible : sons, mots et musique composent une enveloppe immersive qui plonge le spectateur dans l’environnement marin de SPM. 

Alexandra inscrit son travail dans une histoire familiale qui relie deux époques : celle de sa mère, saint-pierraise, qui a connu les eaux autrefois pleines de morues au point de freiner les bateaux dans la baie ; et celle de sa fille, témoin d’un territoire transformé par le changement climatique, où le village de Miquelon devient le premier village français déplacé à cause de la montée des eaux. Cette double perspective nourrit la portée sensible, écologique et mémorielle du projet.

🎧 Le son binaural comme outil de transmission

L’ingénieur du son Pascal Rueff (Agence du verbe) capture les sons côtiers, marins et sous-marins, des sternes, macareux moine, cachalots, fous de bassan, baleines à bosse, phoques, ou encore dauphins… grâce à ses acolytes « Georgette » et « Gina », des mannequins binauraux dotés d’une tête et deux oreilles. Le binaural permet une écoute en 3D, fidèle à la perception humaine, offrant une immersion saisissante.

🎙️ Une première écoute expérimentale très appréciée

Le public du séminaire a pu découvrir un premier extrait du spectacle en préparation. La séquence, immersive et émotive, a transporté l’auditoire dans l’histoire maritime de l’archipel et dans ses paysages sous-marins. Un moment fort, salué par l’ensemble des participants.

🔎 À venir : trois formes de restitution

Phone Sauvage donnera bientôt naissance à :

- une sonothèque rassemblant paysages et espèces marines ;

- une création radiophonique ;

- un spectacle vivant en binaural, où le public écoutera, casque sur les oreilles, le récit sensible d’Alexandra Hernandez.

L’anthropologue maritime Anatole Danto, également membre du projet, mènera pour sa part des enquêtes auprès des habitants pour mieux comprendre leur rapport à la mer.

🚢  Sur le terrain, à l’écoute des fonds marins

Dans les jours suivant le lancement, l’équipe scientifique et artistique a embarqué au large de Saint-Pierre, accompagnée de France 1ère pour un reportage diffusé au 20h, afin d’immerger les capteurs binauraux et de collecter de nouveaux sons. Des sessions ont également eu lieu au Grand Barachois, à Miquelon.

Phone Sauvage ouvre une nouvelle voie pour écouter, comprendre et raconter la mer. Une invitation à renouer avec un patrimoine vivant, sensible, et essentiel à l’avenir de Saint-Pierre-et-Miquelon !