L’année 2024 a été marquée par une série d’épidémies de MIE dans le monde : dengue, grippe aviaire, mpox, etc. Dans le Cantal, plusieurs signaux d’alerte ont émergé localement : charbon symptomatique, progression de l’encéphalite à tiques, ou encore fièvre catarrhale ovine. Si des formes historiques de la médecine envisageaient les maladies en dialogue avec les « choses environnantes (circumfusa) », les approches dominantes actuelles sont essentiellement médicales et biologiques. Face à ces limites, l’approche « Une seule santé » propose d’articuler santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes ouvrant la voie à une compréhension intégrée et territorialisée des maladies. Le projet Médecine du territoire explore ainsi plusieurs questions centrales : Quelles sont les connaissances locales des élus, des habitants et des acteurs du territoire sur les liens entre MIE et biodiversité, paysages et aménagements des territoires ? Que provoquerait la réappropriation habitante des enjeux de santé en termes de gouvernance, de préservation de la biodiversité et d’aménagement des territoires ?
Dans une logique de reterritorialisation de la médecine et d’implication citoyenne, le projet propose de renouer avec certaines pratiques historiques de la médecine qui pensaient les maladies en lien avec les socio-écosystèmes concernés. Cette reterritorialisation invite à décloisonner les processus d’étude en silo par l’intégration des interdépendances et des liens entre la santé humaine, animale et des écosystèmes. L’approche « Une seule santé » est ici mobilisée à travers le prisme des paysages, pour rendre visibles les déterminants écologiques, sociaux et multi-spécifiques des MIE. L’ensemble de cette recherche-action vise la prévention des MIE et le renouvellement d’une conception écologique et environnementale de la santé, en croisant médecine humaine et vétérinaire, épidémiologie, écologie, évolution, ethnohistoire, géographie, philosophie et approches théâtrales et littéraires.
Le projet articule plusieurs formats de mise en récit issus de résidences collectives, associant chercheurs, habitants et artistes. Il s’agit de composer une analyse territoriale de la santé à partir des paysages, des expériences vécues et des paroles recueillies, nourrie par des arpentages saisonniers, des enquêtes, et des ateliers d’écriture et de lecture. Une création théâtrale immersive, un roman, une frise chrono-systémique ainsi qu’une cartographie participative en prolongeront l’expérience, nourries des paroles, des gestes et des sons du territoire. In fine, à travers le renouveau apporté par les objectifs de santé humaine, l’ambition est de transformer les visions sur le vivant et d’alimenter les politiques publiques associées. Plus largement, ce projet participe à une transition, des relations de domination du vivant et des écosystèmes vers des relations de « care » et de soin.

