Le châtaignier, aussi qualifié « d’arbre à pain », « d’arbre de la providence » ou encore « d’arbre de la liberté », occupe une place centrale unique dans l’histoire des civilisations rurales corses. À la croisée d’enjeux de nature et de culture, de forêt et d’agriculture, il incarne un écosystème domestiqué et structuré autour de valeurs écologiques, alimentaires, sociales et symboliques. Depuis le XXe siècle, la filière a pourtant subi de profonds bouleversements tels que la déprise agricole, les maladies, le vieillissement des vergers et le changement climatique. Entre 2009 et 2019, les castanéiculteurs se sont par exemple mobilisés face au cynips, un parasite envahissant, donnant lieu à une dynamique collective et citoyenne. Cette mobilisation nourrit aujourd’hui une volonté de relancer les châtaigneraies en tant que levier de transition territoriale. Dans ce contexte, le projet répond à une demande locale forte visant à faire des châtaigneraies corses un support de résilience, d’innovation et de mise en récit collective.
Face au dépérissement des vergers et à la déprise des activités, le projet explore des pistes de relance capables de renouveler les usages et les modes de vies liés aux châtaigneraies. Il s’appuie pour cela sur des stratégies combinant le renouvellement des vergers, le développement de pratiques d’agroforesterie et la lutte contre les pathogènes, en tirant notamment parti des retours d’expérience autour du cynips. Dans cette perspective, la châtaigneraie est pensée comme un écosystème à la fois naturel et humain, où se croisent biodiversité, savoirs et pratiques. Repenser les vergers dans cette logique, c’est chercher à leur redonner une place centrale, en lien avec les usages, les savoirs et les besoins locaux. Cette réflexion s’appuie sur une étude menée en 2023 dans le cadre du programme européen H2020 Moving, identifiant quatre pistes de relance : l’agroécologie, la valorisation en AOP, l’ancrage villageois et la châtaigneraie de conservation.
Le projet développe une démarche de co-création chantée, dansée et « virale » pour accompagner l’écriture d’un nouveau récit de la châtaigneraie. Il s’appuie sur des enquêtes de terrain et sur la collecte de gestes, de récits et de paroles, afin d’alimenter un album musical, un livret de textes littéraires et un vidéo-clip destiné à être diffusé lors des fêtes de village. Des ateliers de composition inspirés du chant traditionnel Chjama è rispondi, une chorégraphie née du geste arboricole, ainsi qu’un corpus d’images en lien avec le musée de Bocognano viendront prolonger cette dynamique. En croisant pratiques artistiques et attachements paysagers, la démarche cherche à favoriser la transmission culturelle et les liens intergénérationnels. Ce faisant, le châtaignier, au cœur de cette œuvre, n’est plus un témoin passif de sa propre disparition. Il est l’arbre qui nous appelle à prendre soin de ce qui est encore là, à reconstruire ce que nous avons abîmé, à passer des regrets à l’action. Ancré dans le territoire et ses usages, le projet ambitionne ainsi de nourrir des trajectoires de transition agroécologique et territoriale, éclairées par une réflexion prospective construite avec les acteurs locaux.

