Territoire en première ligne du changement climatique, Saint-Pierre-et-Miquelon est confronté à la montée des eaux, l’élévation des températures (+4°C possibles à horizon 2080) et une anomalie négative de salinité. L’archipel, habitat d'espèces polaires, est également marqué par des impacts anthropiques multiples tels que la pollution sonore ou encore la surpêche. Les travaux océanographiques s’y trouvent par ailleurs confrontés à un triple paradoxe : la biodiversité marine reste peu documentée, des habitats remarquables sont connus mais non étudiés, et des disciplines comme la biogéochimie et la courantologie restent méconnues. Dans ce contexte fragile, le projet pose trois questions : Peut-on encore rattraper le retard dans la description de la biodiversité ? Est-il possible de combiner méthodes d’observation classiques et innovantes pour y parvenir ? Comment rendre les connaissances acquises accessibles et utiles à la population d’ici 2030 ?
Pour étudier la biodiversité marine à Saint-Pierre-et-Miquelon, le projet Phone Sauvage entend s’appuyer sur l’enregistrement des sons en milieux marins et terrestres, dans une approche de faunistique classique et d’écologie acoustique. D’un côté, un laboratoire de terrain sera créé pour permettre l’enregistrement des espèces sous-marines et la fabrication de cartes d’identité sonores. De l’autre, des enquêtes anthropologiques seront menées pour décrypter les relations profondes qu'entretiennent les habitants aux sons marins afin d’appréhender leurs symboliques. Ainsi, en mariant des connaissances en écologie acoustique à celles issues des sciences humaines, le projet a pour intention de tendre vers des « humanités océanographiques » qui inviteront les élus à réfléchir aux leviers de sensibilisation et d’action pour préserver la biodiversité locale.
La mer étant un élément central du territoire, le travail artistique et anthropologique cherchera à renforcer le lien entre les acteurs locaux (naturalistes, associations, pêcheurs, marcheurs, marins, photographes animaliers, habitants, etc.) et leur environnement en valorisant l’histoire, les savoirs traditionnels et les pratiques locales. Plusieurs initiatives pédagogiques liées à la mer seront déployées auprès d’élèves de terminale et diverses mises en récit seront proposées : une sonothèque naturaliste, une baladodiffusion, ainsi qu’un spectacle vivant immersif. La musique et le son inviteront, en filigrane des créations de Phone Sauvage, à une prise de conscience collective d’une identité liée à la mer et d’une reconnaissance de la fragilité écologique de l’archipel. L’objectif est de créer un dialogue constructif, basé sur la prise en compte des enjeux environnementaux, économiques et sociaux, pour développer des stratégies qui garantiront la préservation des écosystèmes marins tout en soutenant les activités humaines liées à la mer. Concrètement, il s’agira d’aider à la prise de décision notamment à travers la création d’un atlas de la biodiversité communal afin de favoriser la protection de zones définies et/ou d’espèces rares ou menacées.

