Après avoir constitué le lieu privilégié d’implantation des premiers Polynésiens, le littoral, interface mobile façonnée par les dynamiques marines et terrestres, a connu depuis le XIXe siècle de profondes mutations liées à l’urbanisation et au tourisme, qui ne cessent de se développer au détriment des espaces naturels. En Polynésie Française, où 95 % de la population vit à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer et à moins de 200 m de la mer, le littoral concentre aujourd’hui des enjeux cruciaux. À la fois barrière naturelle contre les houles, refuge pour la biodiversité, lieu d’habitat, de mémoire et de subsistance, cet espace vital est désormais fragilisé par l’érosion, les submersions marines, les tempêtes, la montée et le réchauffement des eaux. Connus des scientifiques, ces risques appellent désormais une mobilisation plus large des connaissances auprès des enfants, des habitants et des décideurs. Le projet répond ainsi à une demande des maires de Moorea, Bora Bora et Kauehi d’accompagner l’élaboration collective de plans d’aménagements littoraux face aux aléas hydro-climatiques.
Poly-Litto s’appuie sur une démarche scientifique interdisciplinaire, croisant écologie, géographie, anthropologie, sociologie et sciences participatives. Il vise à produire des connaissances sur la biodiversité littorale, ainsi que sur les usages, les perceptions et les dynamiques sociales qui lui sont associés. Pour cela, il mobilise plusieurs méthodes complémentaires parmi lesquelles : des enquêtes de terrain (une centaine d’entretiens par île), des observations, des ateliers collectifs, de l’imagerie satellitaire et des relevés par drone. En combinant ces approches, le projet cherche à mieux comprendre les interactions entre sociétés et milieux côtiers dans un contexte de vulnérabilité croissante. En croisant les savoirs scientifiques et les expériences locales, il éclaire les conditions nécessaires à un aménagement littoral durable et résilient.
Les résidences artistiques prévues dans le cadre du projet donneront lieu à des créations collectives comme des fresques murales, des sculptures, des installations sonores ainsi que des expositions itinérantes élaborées à partir des matériaux issus des enquêtes scientifiques (témoignages, récits, observations). Ces œuvres seront co-produites avec les enfants, les jeunes, les habitants, les associations et les élus, dans une logique de médiation transversale. Déployées dans des lieux publics comme les écoles, les marchés ou les mairies, elles rendront visibles les savoirs locaux et les caractéristiques du littoral, tout en favorisant les échanges entre générations et cultures. L’objectif est de faire émerger des récits alternatifs sur le littoral, fondés sur l’expérience des habitants, afin de nourrir les réflexions locales sur les choix d’aménagement. En croisant art, science et expression citoyenne, le projet entend ainsi stimuler une prise de conscience environnementale des décideurs politiques.

