En Europe occidentale, la civilisation s’est historiquement construite sur un acte de drainage systématique qui a eu pour conséquence de bouleverser les dynamiques écologiques des bassins versants. Ces aménagements des territoires font aujourd’hui face à de multiples problématiques : pollution des eaux et eutrophisation, sécheresses intenses et incendies incontrôlables, ou à l’inverse, inondations et érosion des terres agricoles. Face à ces événements complexes et incertains, l’ingénierie humaine semble souvent démunie. Dès lors, comment s’adapter à ces changements et tenter de les atténuer, en s’inspirant de solutions basées sur des processus naturels ?
C’est ici qu’entre en scène une puissance oubliée : le castor. Mentionné dans le rapport du Giec 2022, ce rongeur apparu il y a plus de 8 millions d’années s’avère être l’un des potentiels meilleurs alliés pour faire face à ces bouleversements, parmi les plus expérimentés et les plus compétents. Cette espèce ingénieure, par des aménagements utiles à son épanouissement, contribue dans le même temps à ralentir et complexifier le parcours de l’eau avant qu’elle ne se déverse dans les océans. Par son action, le castor réhydrate les terres et amplifie la vie qui l’entoure. En s’inspirant de son comportement, la Médecine Castor entend ainsi soigner les milieux asséchés, en régénérant les cours d’eau de manière low-tech et décarbonée, avec des matériaux vivants et locaux.
À travers des expérimentations transrégionales accompagnées de suivis scientifiques, le projet Pour des rivières vivantes permettra d’évaluer l’effet de cette méthode sur les communautés biotiques de l’hydrosystème au sens large, en comparant les résultats obtenus entre milieux ruraux et semi-urbain. Il s’agira dans le même temps d’accompagner la formation de différents acteurs à ces approches : techniciens de rivières et de collectivités ou encore propriétaires fonciers. Des « rencontres-action de Médecine Castor » auront pour intention de faire naître une forme de responsabilité collective des milieux rivières, permettant d’engager un ensemble de démarches avec les élus locaux et d'éduquer à ce qu’est une rivière en bonne santé. Cette sensibilisation bénéficiera à l’application des politiques publiques en faveur de l’amélioration des continuités écologiques, comme par exemple des Zones de préemption au titre d’Espaces naturels sensibles (ZPENS), afin de laisser les cours d’eau se déployer dans les fonds de vallée. Par ailleurs, des temps d’échanges et des rencontres naturalistes seront organisés avec les collectivités locales pour observer l’évolution des sites et l’apparition de nouvelles espèces. Un film mettra également en lumière les effets de la Médecine Castor. Enfin, il s’agira d’explorer, par le prisme de la philosophie, en quoi ces méthodes de régénération des cours d’eau peuvent également contribuer à guérir les relations constitutives entre les humains et la vie des rivières, pour faire face autrement au changement climatique.

