Reconnu pour sa biodiversité exceptionnelle autant que pour sa richesse linguistique et culturelle, l’archipel calédonien est aujourd’hui confronté à de multiples pressions écologiques, sociales et politiques. Alors que les effets du changement climatique se font de plus en plus ressentir, la disparition progressive des langues kanak et les tensions sociales renforcent les fractures territoriales et identitaires. Ces dynamiques fragilisent les liens entre les habitants, leurs milieux de vie et les récits partagés, compromettant les projections collectives vers l’avenir. Dans un contexte où les formes de nature en ville sont à la fois menacées et chargées de sens, émerge un besoin croissant de lieux d’expression, de transmission et de co-construction des savoirs. Le projet entend y répondre en proposant un espace de réflexion collective et créative sur l’avenir bioculturel du Grand Nouméa, à partir des réalités locales.
À la croisée des sciences du vivant, des sciences humaines, des arts et de la participation citoyenne, le projet cherche à explorer les liens entre biodiversité (humains et non-humains), langues et milieux de vie en contexte urbain. Il s’intéresse à la manière dont les habitants perçoivent, nomment et pratiquent les formes de nature en ville dans des espaces ouverts (plages, platiers), semi-ouverts (espaces aménagés, forestiers) et dédiés à l’art naturaliste (fresques). L’enjeu est d’étudier la façon dont ces représentations influencent leurs manières d’habiter et de coexister avec leur environnement. Pour ce faire, une étude ethnographique et une enquête ethnobotanique seront menées visant à documenter les usages liés aux milieux naturels urbains. Ces recherches porteront notamment sur les pratiques nourricières, les plantes médicinales ainsi que sur les activités quotidiennes liées aux plages, aux forêts ou encore aux sentiers. Des récits de vie, relevés linguistiques, cartographies et observations seront co-construits avec les chercheurs, les artistes, les écoliers et les habitants, dans une dynamique d’interdisciplinarité. Cette production collective contribuera ainsi à éclairer les conditions d’une transition urbaine plus écologique, inclusive et culturellement ancrée.
Dans la continuité des enquêtes menées avec les habitants, des résidences artistico-scientifiques, rythmées d'ateliers interactifs, viseront à co-produire des créations artistiques originales en mobilisant l’écriture, la photographie, le street art, la performance théâtrale ou encore des captations sonores et visuelles. In fine, le projet aboutira à la création d’un « éco-chemin » : un parcours artistique et écologique reliant la Maison de la biodiversité de Nouméa à la Maison pédagogique de l’environnement du Mont-Dore. Conçu comme une traversée des milieux urbains, littoraux et forestiers, ce chemin scénarisé sera ponctué de créations visuelles et sonores installées dans l’espace public. Ce dernier, élaboré sur la base des travaux menés pendant deux ans, et en partenariat avec les communes, l’Académie des Langues Kanak et les services culturels, cherchera à mettre en lumière les savoirs locaux, les récits plurilingues et les pratiques culturelles liées aux milieux naturels et urbains. En articulant ainsi la diversité des cultures et des usages des milieux, il favorisera une appropriation collective des enjeux écologiques et contribuera à inscrire les savoirs locaux dans les politiques publiques et les dynamiques de gouvernance urbaine.

